8.08.2007

Četvrtina spavaonica - cités dortoir



Le coeur d'une cité dortoir de Niš, avec ses étendues de gazon, ses parkings, son terrain de basket, son "trafik" (tabac, presse, épicerie)..

Les travailleurs agitent bruyamment la cité le matin et le soir. Dès cinq heures, dans le concert matinal des oiseaux, les voitures poussives lancent leurs premiers râles, les bus ramassent leurs premières grappes de salariés endormis*. Vers sept heures les écoliers, collégiens, lycéens, prennent le relais en piaillant. Une heure plus tard, la cité, presque vide, se rendort.
L'après midi les poubelles et leur lot de bagarres entre chiens et chats errants deviennent les seuls points d'agitation du bitume et du gazon presque déserts. Quelques bébés se promènent en famille, quelques anciens marchent en solitaires, quelques jeunes, échappés du collège, s'entraînent au basket pour les matchs du soir.
Parfois un homme abattu traverse lentement la cité, bâtiment après bâtiment, étage après étage, pour tenter de trouver derrière l'une des deux cent cinquante portes un acheteur pour ses quatre assiettes et sa paire de pantoufles.
On entend le son d'une télé crachotante, l'accordéon d'un voisin mélomane, les sabots des chevaux tsiganes, les coups de marteau des chantiers tout proches. Des gens bronzent sur leur balcon, étendent le linge, discutent parfois la tête dans le vide avec le voisin du balcon supérieur.
Le soir, les jeunes se regroupent en fonction des âges. Les grands prennent d'assaut le terrain de basket jusqu'à deux ou trois heures du matin. Les plus jeunes s'assemblent pour discuter ou jouer au foot, souvent ils se séparent à nouveau en deux groupes côte à côte, parfois ils s'éparpillent dans toute la cité, mais rarement.


Les gens se connaissent un peu tous, comme dans les villages, mais beaucoup affirment que c'est un fait récent. De très nombreux habitants se sont rencontrés lors des rassemblements spontanés qui ont eu lieu au coeur des cités dortoirs pendant les bombardements de l'Otan.
Des âmes têtues qui se remontaient le moral à coups d'eau de vie, de slogans nationalistes et de grands rires, ou juste des spectateurs effrayés qui se rassemblaient pour commenter fébrilement les salves d'obus téléguidés. Avec une brique de lait et un morceau de pain par jour et par famille, il faut imaginer toute une bande de crève-la-faims apeurés mais fiers et rageurs, mettant en place la survie du quartier, affichant une solidarité bruyante, défiant les bombardiers lors de concerts où chaque spectateur brandissait au dessus de sa tête une cible photocopiée.
L'intensité des échanges humains pendant cette période est raconté par tous avec fierté et parfois même une certaine nostalgie. Beaucoup parlent d'amour et d'amitié reçus et donnés de manière hystérique, balayant les privations et l'anxiété extrême du moment.
Quelques habitants devenus amis m'ont expliqué, à voix basse, combien cette flambée de sentiments solidaires était aussi fragile que tapageuse. Entourée du fracas des bombes, de rumeurs alarmistes et superstitieuses, de conflits entre pro et anti Milosevic, d'actes de pillage, de folie, de panique.. Un avant-goût de chaos anarchique et violent, que l'on passe volontier sous silence dans les récits, pour s'en tenir à l'essentiel : la flamme des solidaires a tenu.
Le contexte a tissé des liens en tous sens entre les étages et les bâtiments, liens qui existent encore aujourd'hui, et qui expliquent pour certains habitants le sentiment de "grande famille", en vogue dans les cités dortoir de Nis, et dans toute la Serbie bombardée.

* voir "Jutro - matin - morning" dans le menu

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5 Comments:

Blogger Patxi said...

Tres beau blog.
Le terrain de basket a été l'agora, l'alpha et l'omega de la vie sociale du quartier ouvrier ou j'ai grandi.
Il m'accompagne, depuis, d'une certaine façon.
Bienvenu en Amérique latine, à la maison...
Que viva Drobnjak, Bodiroga et autres Stepanovic...
Abrazo
Patxi

11:55 PM  
Blogger raf said...

Patxi, bienvenue sur ce blog et merci pour tes encouragements, je prendrai le temps de découvrir tes photos et textes qui me semblent de très bonne qualité.
J'avoue avoir quelques mauvais souvenirs au terrain de basket de mon adolescence, même si je m'y débrouillais pas trop mal en matière de dribbles et de grosses vannes en verlan.
En banlieue certains terrains entourés de pavillons, très relativement "bourgeois", forment de véritables supermarchés pour racailles. Ils sont là, les mauvais souvenirs, oh pas bien méchants, mais désagréables quand même.
napicimo se.

9:19 PM  
Blogger Scheiro said...

Un très beau récit, Raf, et c'est dommage que tu n'en écrives pas plus souvent. Mais tu te rattrapes avec tes photos qui rivalisent en qualité avec tes textes, avec l'avantages d'être bien plus nombreuses. On sent beaucoup de nostalgie pour une époque révolue, nostalgie aussi bien traduite en photos que par écrit. Il me semble que tu as vécu de très heureux moments en Serbie. Et, si tous ne furent pas merveilleux - c'est normal, la vie a ses hauts et ses bas - c'est en tout cas ce qui émerge de ton blog. Ce qui est certain, pour un observateur totalement extérieur à ta vie, tel un blogger, c'est qu'il peut interpréter tes billets comme une ode à la solidarité entres les hommes de bonnes volontés. L'individualisme, le narcissisme bien plus exacerbés à l'Ouest de l'UE qu'en Serbie qui cherche sa voie/voix avec l'idée que demain sera peut-être meilleur, donnent par contraste une piètre image de notre société.
J'ai remarqué que ton blog avait passé, le mois dernier, le cap d'une année en ligne. Je me demande qu'elle est ton sentiment quand tu te penches sur ce travail régulier, sans cesse remanié. Je ne te parles pas de tes bonnes ou moins bonnes expériences faites sur la bloggalaxie, mais de ce que Rep. Rafska t'as personnellement apporté. Si je te pose cette question, c'est que je suis en train de me la poser de la même façon au sujet de CD en particulier. Je suis en train d'essayer d'inventer une autre manière de poursuivre cette activité. A plus, druge !

10:32 PM  
Blogger raf said...

Salut Scheiro,

Etrange que l'impression générale de ce blog soit une sorte de nostalgie de mes voyages en Serbie. Je ne crois pas y avoir vécu si heureux que cela. J'y ai fais ce que je fais presque tout le temps en France ou ailleurs : observer en silence, sans sourire ni grimace, juste observer et réfléchir, parler pour faire réagir, puis de nouveau observer.
A longueur de temps j'y ai décortiqué les différences de comportements et de mentalités entre les français et les serbes. C'est vrai que j'ai parfois trouvé là-bas des réponses aux problèmes que pose notre société individualiste, oisive et décadente. Les serbes sont biens plus adultes que les français, ils trouvent les solutions par eux même (souvent loufoques en prime) et ne se contentent pas de se plaindre en cherchant perpétuellement à échanger de l'argent contre de l'assistance. L'argent ils ne l'ont pas et ils sont forcés de faire face à la vie complexe, injuste et cruelle avec les moyens du bord. C'est à mes yeux ce qui les rend plus "humains", plus humbles, conscients, motivés, autonomes, inventifs..
Ils ne pensent qu'à s'en sortir et à élever leurs enfants dignement, sans être comme nous fixés sur le plaisir immédiat et la recherche aussi égoïste qu'inutile du bonheur personnel.
J'ai aussi une certaine fascination pour les guerres et les crises économiques. Leurs répercutions sur les comportements et les mentalités sont énormes. J'aime écouter les témoignages des horreurs et des merveilles que font les hommes lorsque la situation devient intenable. Il me semble que je peux ainsi réfléchir à une définition, hors morales prémachées, de ce que peut être un homme mauvais ou un homme bien. Ces deux là sont plus difficiles à distinguer en temps de paix.

Difficile de répondre à ta question sur le bloggin, aujourd'hui je ne pense qu'à terminer ce blog au plus vite, ma motivation est quasiment anéantie. Ce blog ne m'a apporté que la possibilité d'échouer, de remanier, et d'échouer encore.
J'y ai écris des textes que je trouve dans l'ensemble plutôt ratés, j'ai exposé des photos en les liant par un discours, ce qui les rapproche de ma démarche "documentaire", et me permet de voir ce que je n'ai pas assez creusé.
Bref le blog m'a permis de voir bien en face mes échecs, mes erreurs, mes petits progrès, et le chemin qu'il me reste à parcourir pour commencer à intéresser les gens à un sujet. C'est une sorte d'exposition bien avant l'heure qui me montre mes lacunes. C'est déjà pas mal après tout, mais c'est normal d'avoir envie de passer rapidement à l'étape suivante..
Le blog comme finalité artistique je n'y crois pas vraiment, en tous cas pas pour moi. Je pense que Yb s'en approche un peu en respectant des concepts très précis et en se coupant du bloggo-bla-bla général dans lequel je me suis si souvent englué. Yb détient maintenant un blog fort intéressant et intègre, mais parfaitement ignoré. ça reste trop frustrant à mon goût, et je ne crois pas que cela puisse l'aider à révéler son talent au monde.
Pour moi aujourd'hui les blogs réellement utiles à leurs propriétaires sont tenus par des gens complètement coupés de la société. Les trisomiques, les autistes, les dépressifs, et leurs chaperons peuvent s'en servir pour y décrire leur petite vie quotidienne en espérant qu'on les lise, ce que je trouve utile et émouvant.
Les gens qui possèdent toutes les cartes pour mener une vie sociale épanouie me semblent perdre leur temps avec le bloggin. Le bloggin complaît les fainéants dans leur cocooning permanent. Le bloggin fait croire qu'on y rencontre facilement des gens intéressants pour s'en faire des amis, alors que les relations ne peuvent passer un certain cap très limité, infranchissable à mes yeux sans une rencontre directe. Enfin le bloggin noie des artistes comme toi, Nebo, Astrale, Ada ou Adjaya dans l'éparpillement, alors qu'en cherchant une réelle finalité dans vos travaux vous pouvez (ou pourriez) faire de grandes choses.
Il me semble qu'une simple vision d'ensemble de Cloudy days montre combien tu t'y éparpilles depuis longtemps. Ce n'est ni un reproche ni un drame, mais cela transforme ton blog en pur passe-temps. Le temps passe et rien ou presque ne reste d'un passe-temps, c'est juste une pancarte qui montre le temps qui passe, marqué par les célébrations de blog-anniversaires, de nouvelle année.. ect.. rien de vraiment enrichissant.
Bon j'exagère un peu, il y a peut être de bonnes choses dans le bloggin, mais pas suffisamment à mes yeux pour continuer à y consacrer du temps.

Tiens au fait je pars quelques jours découvrir Montpellier, avec la ferme intention de m'éclater un peu. bientôt un bourrin de plus sous tes fenêtres druge ! ;)

11:53 PM  
Blogger Scheiro said...

Je ne pense pas que les Serbes vivent dans une situation "extraordinaire", j'ai plutôt l'impression que c'est pour les occidentaux européens - particulièrement en France - que les choses sont vécues en dehors des conditions de vie "normales", c. à d. qu'au regard de la situation des 6 milliards d'hommes sur la planète la condition du Serbe "moyen" ne s'éloigne pas vraiment du combat que l'être humain doit livrer quotidiennement pour sa survie et celle de sa famille. Ce que tu résumes en ces mots "Ils ne pensent qu'à s'en sortir et à élever leurs enfants dignement, sans être comme nous fixés sur le plaisir immédiat et la recherche aussi égoïste qu'inutile du bonheur personnel."
C'est ce qui me pousse à traiter régulièrement de cons mes compatriotes qui passent leur temps à se plaindre de leurs conditions de vie et à réclamer tjs plus de croquettes aux maîtres qu'ils se sont choisis suite à des élections démocratiques bidons qui n'ont pour but que de les domestiquer un peu plus. J'ai l'impression d'être coincé dans un chenil par rapport aux humains qui vivent en Serbie, au Maroc, en Argentine, au Vietnam, ces hommes et des femmes " plus humbles, conscients, motivés, autonomes, inventifs" parce qu'ils n'ont pas échangé leur liberté pour une gamelle de bouffe insipide presqu'offerte par le supermarché du coin.
Malgré ce que tu dis, blogger ne t'a pas été inutile. Cela t'a permis de prendre rapidement conscience de tes limites et de comprendre comment les dépasser. Le blog n'est qu'un outil, c'est une sorte de miroir public : tu observes ton reflet et les gens qui passent dans le coin au moment où tu te dis que vraiment tu as une sale gueule sont là pour confirmer ou - plus rarement - infirmer tes impressions. Si tu cherches la popularité indexée sur le nombre de visites, tu emploies les méthodes du marketing, c'est à dire le sploggin' déguisé sous la forme de pseudos commentaires avec un message stéréotypé, dans le style "Un billet complet et agréable !", répétés sur des 10zaines de blogs, des 100taines de fois dans le mois. C'est con, facile, mais ça marche ! Un Portugais que je connais est arrivé à avoir son blog cité dans le Blogs Of Note en qqs semaines avec cette méthode poussée à fond mais de manière bien plus rationnelle que certains bourrins de notre connaissance le font parce qu'ils n'ont pas même le 10ème de l'intelligence du plus con des Serbes.
Bref, le blog n'est qu'un outil mais ce n'est pas, contrairement, à ce que certains ont voulu croire une baguette magique, sinon pour ceux que tu ne vois jamais en ligne, ceux qui tirent les marrons du feu, ces sponsors qui t'offrent l'accès aux serveurs et collent de la pub sur les espaces soigneusement mis en valeur par tes textes, tes photos. Heureusement Google, contrairement à CanalBlog par exemple, ne te force pas la main.
Ce n'est pas le bloggin' qui m'éparpille, c'est mon Moi qui est totalement inconsistant et se répand comme une flaque de mercure échappée de son bocal, un solide-liquide insaisissable. Mes blogs ne font que refléter ça.
"Les gens qui possèdent toutes les cartes pour mener une vie sociale épanouie me semblent perdre leur temps avec le bloggin." Je ne suis pas du tout d'accord avec toi, personne n'a toutes les cartes en main et bien souvent ceux qui te semblent avoir une vie sociale épanouie ne sont que d'excellents acteurs qui planquent leur misère morale derrière de très hautes murailles. Tu peux avoir de la chance et quelques as dans ton jeu, mais tu ne sais pas ce que l'Autre a dans son jeu. De plus, tu ne conserveras pas ces cartes pour jouer tous les coups de la vie. Donc, forcément, elles seront redistribuées, et, lors de la donne suivante, tu n'auras peut-être même pas une paire de 7 en main. C'est comme le bloggin', à toi de savoir si tu passes la main, si tu te couches ou si tu tentes ta chance en fonction de la mise que tu comptes ramasser sur le tapis, même si elle n'est que symbolique, comme le prestige, la dignité. La vie en société, c'est l'art de la prise de risque et du bluff sans cesse répété, druge. Ceci pour Hillary Clinton comme pour la poissonnière de ton quartier. Et, je reste persuadé qu'il n'y pas de coupure entre l'identité virtuelle du blogger et celle de l'homme ou de la femme qui pianote sur son clavier. Le bloggin' n'est qu'une possibilité de plus pour se socialiser, ni pire ni meilleure que la fréquentation d'un club de bridge ou d'une salle de PMU.
Tu devrais repousser ta descente sur Montpellier d'une semaine ou deux le tps que les étudiantes aient retrouvé le chemin des facs. C'est le seul interêt touristique de la région ;-)) Contacte-moi par mail, druge...

1:09 PM  

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